Épisode 1 : Une nuit d'été

Mascouv5

 

 Une nuit d'été Yuki, la fille naturelle de l'ambassadeur du Japon, et son amie Bran rentrent de boîte comme d'habitude à travers les rues de la cité d'Orcades. C'est alors qu'elles croisent le chemin d'un enfant poursuivit par des soldats...

 

Détails :

Livret de 50 pages plié-agraphé. 

Bonus : Prologues de Yuki, Pyro & Bran.

Disponible sur toutes les manifestations auxquelles participe Andorphyne ainsi que par commande en ligne. 

 

Extrait :

Assise accoudée au bar sur une chaise haute d’où pendaient gracieusement les dentelles de sa robe et de ses gants, elle sirotait un kir framboise en lisant sur ses lèvres les paroles de son interlocuteur à défaut de pouvoir les entendre à travers le martèlement de la musique qui affluait de la piste de danse. Elle portait une robe à étages, dont les trois jupons noirs et violets allaient décroissant en longueur et croissant en opacité à mesure qu’ils s’approchaient de ses jambes chaussées de charmants souliers de cuir à talons aiguilles. Le bustier, lacé de satin lilas, moulait agréablement sa silhouette d’une exquise féminité et relevait délicatement sa poitrine. Les gants, ou plus exactement les longues mitaines assorties à son vêtement, remontaient jusqu’à son coude et n’enserraient que son majeur afin que l’on pût à loisir admirer ses mains vives et d’une pâleur lunaire. Sa gorge fière faisait écho à son port altier et servait de piédestal à un visage noble mais point ascétique, doux mais sans mollesse, affermi par une bouche d’un dessin expressif et sensuel, équilibré autour d’un nez d’une finesse légère, encadré de cheveux d’ébène violine relevés en fantaisiste chignon et éclairé d’yeux sombres, maquillés d’un fard violet qui rappelait sa robe. Ces yeux, nul n’eût su les décrire sans poésie et sans grandeur. Il leur fallait leur faste et leur luxure pour les nommer, perles d’encre précieuse sur le coussin de lait de sa peau, pour les dessiner, l’acrylique la plus pure, la toile la plus blanche. Allégorie de l’élégance descendue jusque dans les caves en ogives qui servaient de décor à cette nuit d’été par trop arrosée d’alcool et de musique, elle consentit à répondre, d’une voix sûre et calme, au jeune homme qui commentait les dernières mesures prises par les services alternatifs contre les problèmes relatifs aux fées à mesure que les ombres des spots colorés dansaient autour d’elle. Ce genre de discussion dans un tel contexte n’avait lieu d’être que pour celui qui voulait se faire passer pour plus intelligent qu’il n’est : elle aurait préféré un sujet plus léger. Elle arracha doucement une bouffée de fumée à sa cigarette, la laissa s’échapper entre ses lèvres comme une évidence. But une gorgée de kir. Beaucoup de monde passait autour d’elle, les regards se détournaient, s’arrêtaient et repartaient remplis de sa vision. Elle souriait.

Un homme s’approcha pour passer commande au bar. Dans la pénombre il y eut un remous. Un gémissement de douleur.

– Monsieur, murmura une voix froide et mélodieuse, je vous prie de bien croire que si votre appendice antérieur, ou quelqu’autre partie de votre anatomie, venait à seulement effleurer cette demoiselle, je me verrai contrainte de réduire à l’état de menue charpie le masque de tragédie grecque qui vous tient lieu de visage. Vu l’angle dans lequel se trouve votre bras et à moins que vous souhaitiez n’en plus avoir l’usage, je vous conseille de lui présenter vos excuses.

La propriétaire de la voix, qui était également celle des mains qui maintenaient dans un angle fort peu naturel le poignet de l’homme auquel elle s’adressait, ne laissait voir d’elle qu’une imposante et longue chevelure bleu nuit, dont la moitié arrière tombait dans son dos et jusqu’au creux de ses reins en une tresse opulente et la moitié avant barrait sans soin son visage de deux larges mèches passablement ébouriffées.

– Tu devrais le lâcher avant de lui faire vraiment mal.

– Comme tu veux, Yuki-chan.

Comme une vanne ouverte, l’étreinte des doigts menus sur le large poignet se desserra brutalement. Le jeune homme ébahi se retourna et découvrit une très jeune fille, au visage pâle sous ses cheveux d’océan sombre, et dont les grands yeux noirs le toisaient avec hostilité. Ces yeux n’avaient plus d’âge. Leur intensité fit reculer son adversaire. Vêtue d’un blue-jean et d’un T-shirt col roulé noir serrés, la fille n’était pas haute et franchement menue. Seule sa poitrine la distinguait d’une enfant trop vite grandie comme si souvent à l’adolescence. Pour seuls bijoux, elle portait au cou une chaîne de garçon et à l’oreille droite trois petits anneaux d’argent gravés d’entrelacs. Du plus bas des trois pendait une petite plume de métal.

– Ils laissent rentrer les gosses ici, maintenant ? s’étonna-t-il.

– Le gosse, c’est toi, qui ne sait pas tenir ton entrejambe. Mais je peux t’en délester, si ça te tente.

– Désolé, fillette, je n’ai pas de penchants pédophiles, et…

Il fut coupé par un tibia savamment relevé avec une violence calculée dans ses parties intimes. La foule accusa l’onde de choc. L’interlocuteur de Yuki, fort avisé, avait reculé d’un bon mètre, quitte à abandonner la chaise de bar si difficilement acquise. Quant à la « fillette » elle ne semblait pas avoir bougé, mais qui avait saisi son geste l’évitait à présent. La jeune femme se leva avec prestance de sa chaise, dans un fabuleux envol de rubans et de dentelles, et posa une main sur l’épaule de son amie.

– J’aimerai finir la soirée, Bran, si ça ne te dérange pas.

– Bah, si je me fais virer, je t’attendrai dehors.

Baka.

La dénommée Bran s’inclina en une gracieuse révérence et délaissa sa victime sans un regard pour suivre son amie sur la piste de danse. Un de ses compagnons entreprit de relever l’homme et de l’asseoir.

– C’était franchement débile, ce que tu as fait !

– Attends, c’est qui ces filles ? Pas des êtres-fées quand même ?

– A Orcades ? Tu rigoles ! Les services alternatifs nous en ont débarrassé depuis un bail ! La beauté, c’est Yuki, la fille naturelle de l’ambassadeur de l’Empire du Japon. Une aristo, quoi. Et si tu l’avais vraiment touchée, tu l’aurais regretté. Elle n’a pas volé son surnom de Reine des Poisons… J’ai fait la même connerie que toi, il y a quelques mois, sauf que Bran ne m’a pas vu. Yuki m’a giflé avec son éventail, et j’ai eu la colique pendant trois jours.

– Arrête, tu commences à me faire peur. Et la mouflette ?

– Elle… Personne ne sait rien d’elle, sinon que l’une ne va pas sans l’autre. Et pareil, vaut mieux pas l’embêter. Enfin, elles sont sympa tant qu’on ne les énerve pas. Tiens, regarde !

Il pointait du doigt la piste de danse. Yuki et Bran y dansaient, l’une faisant voler ses dentelles, l’autre sa longue tresse. Moins statiques que les autres danseurs, elles formaient un couple étrange, comme une petite lune bleue virevoltant follement autour d’un soleil violet.

 

 

– Pas d’étoiles encore ce soir.

– Tu les cherches tous les soirs. Qu’est-ce que tu espères ? On est à Orcades, et en plus il pleut !

– Pleut pas, crachine.

Elles marchaient sur le large trottoir brillant de bruine sous la lumière sale des lampadaires. Le boulevard était désert, ni voiture ni passant ne l’animaient qu’elles, silhouettes à peine mouvantes dans la pénombre. Le bruit mat des baskets de l’une faisait écho aux claquements nets des talons de l’autre. Elles tournèrent bientôt dans une ruelle adjacente et poisseuse où les pas pressés d’une course leur fit face. Un garçon de douze ou treize ans peut-être surgit devant elles, les esquiva et sauta dans une poubelle dont il tira vivement le couvercle sur lui.

 

 

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