Prologues à Mascarade - Épisode 1

 

Yuki

 

Il fait déjà sombre.

Je ne sais pas quelle heure il peut être, mais de toute façon, je n'aime pas arriver en avance à ce genre de soirée. Hum. J'ai bien envie de mettre la robe au bustier corseté, mais il faudra que je demande un coup de main à Bran pour la fermer. Enfin, ce n'est pas une mauvaise idée ! ça la sortira de ses livres. Avec les bottines à lacets ce sera parfait. Et les mitaines noires. Je ne sais pas où je les ai mises, celles-là. Sur le bord de la fenêtre ?

Tiens ?

 

La lune est pleine.

 

On ne la voit pas souvent, ici, la lune. A Orcades, avec l'éclairage public, il ne fait pour ainsi dire jamais nuit, du moins en bas, dans la rue. Au septième étage, et bien... la différence est plus marquée. À défaut d'obscurité, il y a une vraie pénombre. Mais permettre l'obscurité, dans la rue, ce serait compliquer le travail des patrouilles SA. Laisser, peut-être, une prise à l'Armée des Ombres sur Orcades, et la capitale du Royaume est trop importante pour cela. La plupart des êtres humains ont peur de la nuit. Moi, elle ne me dérange pas plus que ça, mais c'est surtout pour Bran que j'ai pris un appartement si haut.


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Bon. Je me coiffe comment, moi, ce soir ? J'ai bien envie d'utiliser ce nouveau peigne de l'orfèvre mais je n'ai pas encore choisi ce que j'allais mettre dedans. A l'inspiration de l'instant, le C5. Un de mes préférés, certes, mais si efficace ! J'en fabriquerai un spécialement pour lui plus tard. Une pression sur la seringue et c'est rempli. Parfait ! Je parie que je peux faire un chignon retourné avec. Un coup de brosse avant, plus pour le principe : ma chevelure est l'exemple même du mot "discipline". Quelques mèches devant, pour rehausser mon front. Maquillage... Le trio de fards roses et violines, crayon noir et... Non, pas de mascara. J'ai les cils assez longs comme ça. Hé ? Où est mon crayon noir ?

Il a disparu ou quoi ? Ah, non !

Pas mon crayon à yeux !

Voyons, respire et réfléchis, Yuki. Je m'en suis servi hier avant d'aller à l'Université de Botanique. Donc logiquement, il doit être sur la coiffeuse de la salle de bain.

Il n'y est pas. Là, ça ne va pas. Pas du tout. Mon sac de cours ? Poche avant alors.

Il est là. Tout va bien. Bon. Maquillage, donc. Le teint, vive la poudre blanche. Ombre, crayon, un coup de rouge à lèvres prune. Qu'en dis-tu, petit miroir ? Je suis bien, là.

Ah, et ne pas oublier la chevalière paternelle. Les patrouilles des services alternatifs sont pour le moins nerveuses, ces derniers jours. Si l'une d'elles nous importune, mieux vaut qu'elle n'y regarde pas de trop près. Et puisque je n'ai pas choisi de naître à demi aristocrate, autant que ça serve à quelque chose. Comme par exemple éviter ainsi et les questions indiscrètes et les dortoirs puants des boîtes de nuit où la plupart des bourgeois attendent la fin du couvre-feu.

Bien. Je crois que je vais appeler Bran. Parce que cette robe ne va pas se lacer toute seule, malheureusement.

 

 

 

testyuki

 

 

 

 

 

 

 

Pyro

 

 

La lune... Pourquoi est-elle si lumineuse ? La nuit est trop claire, je...

 

...suis tellement fatigué...

 

Mais je ne dois pas m'arrêter maintenant. Il faut que je courre. Vite. Plus vite qu'eux... J'ai les poumons qui me brûlent, l'impression que je vais exploser, j'ai mal ! Qu'est-ce que je donnerai pas pour avoir des chaussures ! Et une nuit noire, une nuit dans laquelle je pourrais me fondre, disparaître, me cacher, quelque part, n'importe où ! La ville, là-bas. Dans la ville il y aura de l'ombre et des endroits où se cacher, vite, la ville, la ville... Il faut que je passe les champs sans qu'ils me rattrapent.

Je crois que je devrais m'arrêter. Là. De suite. Me laisser tomber par terre et ne plus bouger. Ils me rattraperont, me ramèneront là-bas et... Et... Et ça me fiche la trouille rien que de penser à ce qui va se passer après.

Je cours encore. Mes jambes ont encore plus la trouille que moi, faut croire. À chaque foulée je me dis qu'elles vont craquer et que je vais me rétamer par terre, mais elles continuent, tellement vite... Je savais même pas que je pouvais courir aussi vite.

Il y a une haie là-devant. C'est quoi ? Des ronces ? Je peux pas passer par-dessus, je suis trop petit ! Pourquoi je suis si petit, merde ? Ça va faire mal. Je mets mes bras devant mon visage pour protéger un peu. Et je plonge dans les ronces.

Ça tire, ça griffe, ça déchire mes vêtements, ma peau, je vais finir écorché, c'est pas possible ! Je sais même pas comment j'avance encore. Sauf que maintenant, sous mes pieds, c'est du macadam encore chaud de la journée. Ça fait encore plus mal pour courir, mais je risque moins de me tordre la cheville. Enfin j'espère. Et j'espère que ça les ralentira, la haie, les ronces. Parce qu'eux non plus ne peuvent pas passer par dessus. Peut-être qu'ils perdront ma trace ?

Peut-être que je vais leur échapper ?

Peut-être que je serai libre ?

 

papillon

 

La ville. J'y suis, ou à peu près. Il y a des rues, des petites maisons sales et croulantes aussi bien fermées et barricadées que possible. Enfin je dis maisons mais c'est fait avec n'importe quoi, des bouts de tôle, de bois, de trucs bizarres. Je peux pas y rentrer, toujours. Enfin, c'est le peu que je vois. Après, je crois que c'est des immeubles, avec du béton, du parpaing. Et puis au centre les villas, mais les villas c'est dangereux. Des gardes, des chiens. Il faut que j'arrive jusqu'aux immeubles. Le vieil homme disait que c'est dans les immeubles que les gens sont négligents et qu'on peut se cacher. Où il y a des égouts, des poubelles, des caves. Des endroits sombres.

Je sens plus mes pieds. Je ne sais pas s'ils sont derrière moi encore. J'entends plus rien que mon cœur qui tape dans mes oreilles.

Il y a moins de lumière. Y'a des nuages maintenant. En fait il pleut, une petite pluie toute fine, toute légère, mais qui rend la nuit plus noire, et qui me fait trembler tellement je suis en nage. J'ai chaud, j'ai froid, j'ai mal. Et un goût de sang écœurant dans la bouche. Ne pas ralentir, surtout.

− Là-bas !

Ils m'ont retrouvé. Courir. Plus vite.

 

Pyro blog

 

 

 

 

 

 

 

Bran

 

 

Hey, Shadow ! Tu pars en vadrouille ? C'est vrai que tu adores les nuits de pleine lune, toi. Ah ! Of course... Si tu pouvais apprendre à ouvrir la fenêtre tout seul, tu m'arrangerais, tu sais, mon chat. Allez, kenô !

Bon, mon livre. Finir mon chapitre avant que Yuki ne m'appelle pour partir en soirée. Ou lacer sa robe. C'est le genre de nuits où elle aime mettre l'une de ses robes à bustier corseté. Je ne sais pas comment elle respire là-dedans, ça relève de l'exploit. Et c'est déconseillé aux anémiques, mais bon. Je sais qu'elle n'écoutera pas si je lui dis. Ou alors elle répliquera que le thé est mauvais pour les insomniaques. Pfff ! J'te jure...

 

Ah ! La lune. C'est agréable de la voir, d'ici.

 

A Orcades, la nuit n'existe pas. Il y a toujours de la lumière. Est-ce que les hommes ont peur des ténèbres à ce point ? Est-ce qu'ils ont peur de nous à ce point ? C'est quelque chose que je n'ai jamais compris. Mais Yuki a pris l'appartement au dernier étage pour que je puisse voir la lune. Et un succédané de nuit. Elle ne me l'a pas avoué, bien sûr. Qu'importe ?

L'Art de la Guerre. Du général Sun Tzu, commenté par Mo Ti. Je n'ai qu'une traduction en japonais et une en français. J'ai bien cherché l'original, en chinois, mais même au marché parallèle je ne l'ai pas trouvé. Les mercenaires de l'Orient Express n'ont pas grand-chose à faire des bouquins, pour la large majorité. J'avais un filon avec une Elfen, à un moment, mais ça s'est arrêté. Ça fait quoi ? Trois mois ? J'imagine que l'Armée des Ombres a eu sa peau. Classique. That's bad ! C'était la seule à prêter quelque intérêt aux livres, Cers Alethia. En ur ger berr...

 

papillon

 

Ah, il y a un peu de nuages qui viennent. Je devrais fermer la fenêtre, mais si Shad' veut rentrer... Bon, technique bis : pousser les livres de devant la fenêtre. Les ranger, même pas la peine d'y penser. Ma chambre ressemble à peu près à un décor post-apocalyptique mais je déteste quand elle est rangée. L'impression que tout est trop clean, c'est un peu gênant. Okay, alors on pousse les bouquins. Là. Comme ça le Chat-lune peut rentrer, la pluie tomber, le vent souffler et tout est à l'abri. Hum. Ça me donne envie de jouer, la pleine lune. Espérons que les voisins ne diront rien...

Bon, je dois être le seul cas social de cette ville immense à vouloir jouer de la Clairseach à minuit passée, mais jusqu'à présent personne n'a rien dit. Heureusement, parce que j'aurais des ennuis si quelqu'un comprenais sur quel instrument bizarre je me déchaîne, il préviendrait sans doute les SA. Et là, le nom de Yuki ne suffirait peut-être pas. Ou, plus probablement, je sortirais un jour pour aller squatter la salle de sport ou faire les courses et PAF ! Never come back. Remarque que ça, ça peut arriver tous les jours.

Je ne sais pas pourquoi je commence toujours par cette mélodie-là quand je joue de nuit. Peut-être parce que je l'ai composée une nuit... assez semblable à celle-ci, à y songer. Elle me trotte toujours dans la tête. Je n'ai jamais trouvé d'arrangement plus juste que celui-là, avec ses montées d'accords en quintes creuses.

Simple et beau comme la lune, là-haut.

 

Bran blog2blue shad'

 

 

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